Il a craqué ! Lors du dernier Conseil municipal, Robert Belliot, le maire de Pornichet, a stigmatisé les divers blogs qui s'intéressent à la commune. Plus fort, il les considère comme des facteurs de violence et fait un nauséeux amalgame entre la liberté d'expression et d'imbéciles dégradations perpétrées en divers lieux de Pornichet.Mal à l'aise dans la joute oratoire, en difficulté dès que l'opposition lui pose des questions... Robert Belliot excelle par contre dans l'art du monologue. Il en a fait sa marque de fabrique. Surjouant la vierge outragée, le locataire de l'Hôtel de Ville a soumis l'auditoire du dernier Conseil municipal à une déclaration "solennelle" (c'est lui qui le dit...).
Censurons Internet
Revenant sur de regrettables incivilités qui ont émaillé Pornichet le week-end dernier, Robert Belliot n'a pas hésité à faire des blogs citoyens les inspirateurs de ces délits. Il n'a pas craint de déclarer que les dégradations "concordent avec un certain nombre de propos incitant à la haine et à la violence que l'on peut lire de plus en plus sur de nombreux blogs". Il a même eu l'outrecuidance de considérer que les blogs d'opinion "incitent à la haine et à la violence des individus pouvant se croire autorisés à [...] s'en prendre physiquement aux personnes".
Droit dans ses bottes, Sa Suffisance ne supporte visiblement pas les espaces de liberté qui mettent le doigt sur l'incroyable irresponsabilité du maire et de ses acolytes. Il préfère, comme l'a dit le toujours raffiné Bachelier, en fin de Conseil municipal, "la bonne presse" qui se contenterait sans doute de reprendre les bêtifiants communiqués mitraillés quotidiennement par ses attachées de presse. Il condamne par avance les auteurs de blog en indiquant que "dans le cas de faits plus graves (que ces dégradations), la responsabilité des auteurs sera mise en cause". On appelle cela soit une menace, soit du chantage !
Visiblement Robert Belliot préfèrerait museler Internet plutôt que de s'interroger sur ses insuffisances. L'association Reporters Sans Frontières publie régulièrement une liste des "pays ennemis d'Internet". On attend avec impatience, la liste des communes qui rejoindraient ce club très sélect. Robert Belliot pourrait ainsi côtoyer le très démocratique président chinois Hu Jintao, le liberticide Fidel Castro, le très stalinien président nord-coréen, Kim Jung Ill ou l'ultra-fondamentaliste président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Charmantes compagnies n'est-il pas ?
Avant de grimper sur ses ergots de coq de barbarie, le premier édile pornichétin aurait mieux fait de réfléchir un tant soit peu. Il se serait épargné le ridicule d'exprimer en Conseil municipal une position contraire à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée en 1948 par les Nations Unies. Celle-ci, dans son article 19, stipule que "tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, [...], les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit".
Contre-pouvoir citoyen
Sa Suffisance trouve probablement normal de chercher à intervenir auprès des rédactions de la presse locale pour influer sur des papiers comme il l'a fait lors du Xème anniversaire de la Médiathèque. Sa Suffisance trouve probablement normal le fait que Julien Gracq ait failli passer aux oubliettes de l'histoire locale, toujours lors de l'anniversaire de la Médiathèque, sans doute pour avoir commis l'inexcusable faute de goût d'avoir été membre du PCF dans sa jeunesse durant l'entre-deux-guerres.
Jour après jour, ce qui était une galéjade est en train de devenir une tragique bouffonnerie. Semaine après semaine le municipe Belliot discrédite Pornichet, dilapide les deniers publics et bafoue l'esprit républicain.
Comment faire comprendre à des citoyens qu'un maire dégaine des caméras vidéos pour piéger de jeunes fêtards au nom de l'ordre public mais viole en tout impunité les lois de la République en lançant d'importants travaux sans respecter les procédures liées notamment à la protection de l'environnement ? Comment faire comprendre à des citoyens qu'un maire peut en toute impunité s'asseoir sur le code des marchés publics pour engager des travaux paysagers à l'hippodrome en dépassant quelques semaines plus tard l'enveloppe financière annoncée de 36% ?
Évidemment, Sa Suffisance serait bien tranquille si personne ne dénonçait le double langage permanent d'un édile dépassé et sa propension quasi maladive à dépenser à tout-va l'argent public. Pornichet n'est pas (encore ?) Levallois-Perret et Robert Belliot n'est pas encore Patrick Balkany. Il peut bien sonner le tocsin, l'esprit citoyen local résistera et ne se pliera pas aux rodomontades d'un matador de vachettes.
Dans une société atomisée, individualiste, financiarisée, dépolitisée, il est heureux que des citoyens relèvent la tête et exercent un salutaire esprit critique. Il est vital que la causticité, le mauvais esprit, la provocation demeure un mode d'expression, n'en déplaise à quelques féodaux grincheux qui embastionnés dans leur donjon de certitudes ne supportent plus les modestes contre-pouvoirs qui distribuent des coups de bélier contre la muraille de la puissance municipale.
Pornichet le Poulpe est depuis son origine un blog citoyen riche d'une diversité de contributeurs et de rédacteurs. Il a déjà fait l'objet de l'opprobre municipale mais ne dévie pas de son objectif initial, celui de "fouiller dans les failles et désordres de Pornichet, de sa mairie et de sa vie associative". N'en déplaise à Sa Suffisance, le ton du Poulpe restera irrévérencieux et provocateur, sa rubrique commentaires modérée mais pas aseptisée, ses informations fiables et ses analyses étayées. Au Poulpe, nous avons fait le serment de cesser de faire chanter le clavier... le jour où l'équipe Belliot n'offrira plus matière à nous insurger, mais nous craignons de devoir écrire longtemps, longtemps, très longtemps...








